Le parc naturel régional de Camargue s’impose comme l’un des joyaux écologiques les plus remarquables de France. Ce territoire façonné par le delta du Rhône offre une mosaïque d’habitats naturels qui abritent une biodiversité exceptionnelle. Entre marais salants, étangs d’eau douce et sansouïres, cette zone humide méditerranéenne propose aux visiteurs une immersion unique dans un écosystème où se mêlent traditions séculaires et protection environnementale. Classé réserve de biosphère par l’UNESCO, ce territoire de plus de 100 000 hectares constitue un refuge privilégié pour des centaines d’espèces animales et végétales. Visiter la Camargue, c’est découvrir un patrimoine naturel et culturel d’une richesse inégalée, où cohabitent harmonieusement chevaux blancs, taureaux noirs et colonies de flamants roses dans un paysage aux couleurs changeantes selon les saisons.
La faune ornithologique emblématique : flamants roses et oiseaux migrateurs du delta du Rhône
La Camargue représente un site ornithologique de premier plan en Europe, accueillant plus de 400 espèces d’oiseaux tout au long de l’année. Ce territoire situé sur l’une des principales routes migratoires du continent européen attire des millions d’oiseaux qui y font escale lors de leurs déplacements entre l’Afrique et le nord de l’Europe. Les zones humides camarguaises offrent des conditions idéales pour la nidification, l’hivernage et le repos migratoire de nombreuses espèces. Les vastes étendues d’eau peu profondes, riches en nutriments, constituent des garde-manger exceptionnels où les oiseaux trouvent poissons, crustacés, insectes et végétaux en abondance. L’observation ornithologique constitue l’une des activités phares du parc, avec des infrastructures dédiées permettant d’approcher les oiseaux sans les déranger.
Les colonies de flamants roses de l’étang de Fangassier et leurs nidifications
L’étang du Fangassier abrite la seule colonie de reproduction de flamants roses en France métropolitaine, faisant de ce site un lieu d’observation privilégié. Chaque année, entre avril et juillet, plusieurs milliers de couples de flamants roses construisent leurs nids caractéristiques en forme de cônes de boue sur les îlots artificiels aménagés spécialement pour eux. Ces oiseaux spectaculaires, reconnaissables à leur plumage rose vif et leurs longues pattes, peuvent atteindre jusqu’à 1,40 mètre de hauteur. Leur couleur distinctive provient des pigments caroténoïdes présents dans les algues et crustacés microscopiques qu’ils filtrent dans l’eau salée. Les flamants roses peuvent ingérer jusqu’à 300 grammes de nourriture par jour, filtrant entre 4 et 6 litres d’eau chaque minute grâce à leur bec spécialisé.
La population de flamants roses en Camargue fluctue selon les saisons, variant de 10 000 à 40 000 individus. Durant l’été, vous pourrez observer les parades nuptiales spectaculaires où les oiseaux synchronisent leurs mouvements de tête et leurs cris rauques caractéristiques. Les jeunes flamants, au plumage gris-brun, mettent plusieurs années avant d’acquérir leur coloration rose définitive. La protection de l’étang du Fangassier constitue une priorité absolue pour la conservation de cette espèce emblématique, car les flamants roses sont particulièrement sensibles aux dérangements durant la période de reproduction.
Les hérons cendrés et aigrettes garzettes des marais salants
Les zones humides et marais salants de Camargue constituent également le royaume des hérons cendrés et des aigrettes garzettes. Le héron cendré, avec sa silhouette élancée de plus d’un mètre de haut et son plumage gris ardoise, se rencontre fréquemment en bord d’étang, immobile, à l’affût de poissons ou de batraciens. L’aigrette garzette, plus petite, se reconnaît à son plumage entièrement blanc, à ses pattes noires et à ses doigts jaunes, qu’elle agite dans l’eau peu profonde pour faire fuir les proies. Ces deux espèces profitent des digues, roubines et canaux d’irrigation pour chasser, ce qui en fait des compagnons réguliers de vos balades le long des marais salants.
Les salins de Giraud ou d’Aigues-Mortes offrent des conditions idéales pour observer ces échassiers à différentes distances selon la saison et le niveau d’eau. Au printemps et en été, les hérons et aigrettes se regroupent parfois en véritables « héronnières » dans les roselières, où ils nichent en colonies mixtes avec d’autres ardéidés. En automne, lorsque les salins sont vidangés ou en cours de récolte, ils profitent de la forte concentration de poissons et d’invertébrés piégés dans les bassins. Pour optimiser vos observations, privilégiez les heures calmes du matin ou de fin de journée, en restant discret et en utilisant des jumelles afin de ne pas perturber ces oiseaux sensibles aux dérangements.
Les rapaces de Camargue : busards des roseaux et faucons crécerellettes
La Camargue n’est pas seulement le royaume des oiseaux d’eau : c’est aussi un territoire de choix pour de nombreux rapaces. Parmi eux, le busard des roseaux est sans doute le plus emblématique. Ce grand rapace diurne, étroitement lié aux roselières, y installe son nid à même le sol ou dans les massifs de phragmites. Il sillonne ensuite les marais en vol bas, ailes relevées en V, à la recherche de petits mammifères, d’oiseaux ou d’amphibiens. Sa présence témoigne de la bonne santé des roselières, car il dépend directement de ces milieux pour sa reproduction.
Autre rapace remarquable du Parc naturel régional de Camargue : le faucon crécerellette. Plus petit que le faucon crécerelle, ce petit faucon colonial se rassemble en dortoirs parfois spectaculaires au printemps et en été, notamment dans certains villages et bâtiments agricoles traditionnels. Espèce longtemps menacée en France, elle a bénéficié de programmes de conservation et de suivi scientifique, qui ont permis le maintien de plusieurs noyaux de population en Camargue et en Crau voisine. Lors de vos visites, gardez un œil sur les silhouettes fines en vol battu au-dessus des cultures et sur les toits des vieux mas : vous aurez peut‑être la chance d’apercevoir ces chasseurs d’insectes en pleine activité.
Les anatidés et limicoles des étangs de Vaccarès et de l’Impérial
Les grands étangs de Vaccarès et de l’Impérial constituent deux pôles majeurs pour les anatidés (canards, oies, cygnes) et les limicoles (chevaliers, bécasseaux, avocettes, gravelots). Ces vastes plans d’eau saumâtres, au cœur du parc naturel régional de Camargue, sont des zones d’hivernage essentielles à l’échelle méditerranéenne. En plein hiver, plusieurs dizaines de milliers de canards, notamment sarcelles d’hiver, canards siffleurs et colverts, viennent y trouver refuge et nourriture. Les limicoles, quant à eux, se nourrissent sur les vasières exondées, sondant la vase avec leurs longs becs à la recherche de vers et de mollusques.
Le Vaccarès, classé en réserve naturelle nationale, est particulièrement réglementé, ce qui garantit la tranquillité de la faune. Les observatoires aménagés à proximité de la Capelière et de la Maison de la Réserve permettent cependant d’admirer ces oiseaux sans les déranger. L’étang de l’Impérial, plus au sud, offre des paysages plus ouverts, où les lignes d’horizon semblent se confondre avec le ciel. Selon la période de l’année, vous pourrez y observer des avocettes élégantes, reconnaissables à leur bec recourbé vers le haut, ou des échasses blanches aux longues pattes rouges. Pour repérer ces espèces parfois discrètes, prenez votre temps : en ornithologie, la patience est souvent votre meilleure alliée.
Les manades camarguaises et traditions taurines : élevages de taureaux et chevaux
Au‑delà de la richesse ornithologique, visiter le parc naturel régional de Camargue, c’est aussi plonger au cœur d’une culture pastorale unique en Europe. Les manades, ces élevages extensifs de taureaux et de chevaux camarguais, structurent les paysages et l’identité de la région. Elles perpétuent un mode de vie où l’élevage en liberté, la gestion des marais et la transmission des coutumes taurines restent au centre des activités humaines. Entre traditions séculaires et exigences contemporaines de bien‑être animal, les manades camarguaises illustrent la cohabitation entre patrimoine vivant et tourisme responsable.
Les principales manades : Jalabert, Raoux et Laurent dans la zone centrale
Au sein de la zone centrale du Parc naturel régional de Camargue, plusieurs manades historiques jouissent d’une notoriété particulière, comme les manades Jalabert, Raoux ou Laurent. Chacune d’elles dispose de vastes pâturages, parfois de plusieurs centaines d’hectares, où taureaux et chevaux vivent en semi‑liberté au milieu des marais, roubines et prairies humides. Ces exploitations familiales, souvent gérées depuis plusieurs générations, participent directement à l’entretien des paysages ouverts et à la préservation des milieux naturels, en limitant par exemple l’enfrichement de certaines zones.
De nombreuses manades ouvrent leurs portes au public pour des visites guidées, parfois en remorque tractée ou en calèche, permettant de découvrir de près le travail des gardians. Selon les saisons, vous pourrez assister au tri du bétail, à la séparation des veaux ou à la préparation des taureaux pour les courses camarguaises. Ces visites constituent une excellente occasion de mieux comprendre le lien étroit entre l’élevage extensif, la gestion hydraulique et la conservation des prairies naturelles. Elles permettent aussi de rappeler que, derrière l’image de carte postale, la Camargue reste un territoire agricole dynamique.
La race Camargue équine : morphologie et comportement des chevaux de selle
Le cheval Camargue, reconnaissable à sa robe grise qui blanchit avec l’âge, est l’une des races les plus anciennes d’Europe. De petite taille, généralement entre 1,35 m et 1,50 m au garrot, il présente une morphologie compacte avec un poitrail large, des membres solides et des sabots particulièrement résistants. Ces caractéristiques physiques, façonnées par des siècles d’adaptation aux marais, en font un cheval robuste, endurant et particulièrement à l’aise sur les terrains détrempés et salés. Sa capacité à supporter des conditions climatiques parfois rudes rappelle celle des poneys islandais face aux hivers nordiques.
Sur le plan comportemental, le cheval Camargue est réputé pour son tempérament calme, sa grande rusticité et son intelligence. Utilisé traditionnellement comme monture des gardians, il doit être capable de travailler en groupe, de réagir vite aux mouvements du troupeau et de garder son sang‑froid en présence de taureaux. C’est aussi un excellent compagnon pour les promenades équestres touristiques, y compris pour les cavaliers débutants, grâce à sa docilité et sa sûreté de pied. Lors de votre séjour, une balade à cheval au lever ou au coucher du soleil constitue sans doute l’une des plus belles manières de découvrir les marais, lagunes et plages sauvages du parc.
Le taureau de race Camargue AOC : caractéristiques zootechniques et traçabilité
La race bovine Camargue, souvent désignée sous le nom de « taureau de Camargue », est une race rustique parfaitement adaptée aux milieux humides et salins. De petite taille, très musclés, avec des cornes en lyre dressées vers le haut, ces animaux présentent une grande vivacité et une forte aptitude au comportement grégaire. Leur élevage extensif, en plein air toute l’année, leur confère une musculature développée et une viande à la texture ferme et savoureuse. Depuis 1996, la viande de taureau de Camargue bénéficie d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), devenue AOP, garantissant l’origine, les pratiques d’élevage et les méthodes d’alimentation.
La traçabilité de cette viande repose sur un cahier des charges strict, qui impose notamment une alimentation basée sur les ressources naturelles des pâturages camarguais complétée, si besoin, par des fourrages locaux. Les animaux doivent passer la majeure partie de leur vie en manade, dans des conditions de libre parcours, ce qui limite fortement l’impact environnemental de l’élevage. Pour les visiteurs, déguster en restaurant une gardiane de taureau AOP, accompagnée de riz de Camargue, permet de relier directement terroir, paysages et traditions. Cette dégustation prend une tout autre dimension lorsque l’on a préalablement découvert sur le terrain la réalité de ces élevages emblématiques.
Les spectacles taurins : courses camarguaises aux arènes d’Arles et Saintes-Maries-de-la-Mer
La course camarguaise, à ne pas confondre avec la corrida espagnole, constitue l’expression la plus populaire des traditions taurines de Camargue. Pratiquée sans mise à mort de l’animal, elle repose sur un affrontement codifié entre les raseteurs, vêtus de blanc, et le taureau, appelé biòu. L’objectif des raseteurs est de décrocher, à l’aide d’un crochet, les attributs fixés entre les cornes de l’animal (ficelles, glands, cocarde), tandis que le taureau tente de les repousser par des charges puissantes et rapides. Ce sport exige à la fois courage, agilité et une connaissance fine du comportement animal.
Les principales arènes du parc naturel régional de Camargue, notamment celles d’Arles et des Saintes-Maries-de-la-Mer, accueillent des courses camarguaises de mars à octobre. Assister à l’une de ces manifestations permet de ressentir l’ambiance festive qui anime les villages lors des fêtes votives. C’est aussi l’occasion de mieux comprendre la place centrale occupée par le taureau dans l’imaginaire local : de nombreux animaux célèbres, véritables « champions », sont ainsi suivis de saison en saison par les passionnés. Si vous souhaitez y assister dans une démarche respectueuse, privilégiez les courses camarguaises officielles labellisées et renseignez‑vous sur les règles qui encadrent cette pratique traditionnelle.
Les écosystèmes humides : roselières, sansouïres et salicornes du littoral méditerranéen
Le Parc naturel régional de Camargue se caractérise avant tout par la diversité et la complémentarité de ses milieux humides. Comme les pièces d’un immense puzzle écologique, roselières, sansouïres, lagunes, marais salés et prés halophiles s’imbriquent pour former un paysage unique en Europe. Chacun de ces habitats abrite une flore et une faune spécifiques, adaptées à des gradients subtils de salinité, de profondeur d’eau et de dynamique sédimentaire. Comprendre ces écosystèmes, c’est mieux saisir pourquoi la Camargue joue un rôle majeur pour la biodiversité méditerranéenne et pour la régulation hydrologique du delta du Rhône.
Les roselières à phragmites du système lacustre de Vaccarès
Les roselières à phragmites, dominées par le roseau commun (Phragmites australis), forment de vastes ceintures végétales autour des étangs et marais peu profonds, en particulier dans le système lacustre de Vaccarès. Ces milieux jouent un rôle écologique essentiel : véritables « éponges naturelles », ils filtrent les nutriments et les polluants, fixent les sédiments et contribuent ainsi à l’épuration des eaux. Ils offrent également des zones de reproduction, de repos et d’alimentation pour de nombreuses espèces d’oiseaux, d’amphibiens, de poissons et d’invertébrés. On pourrait comparer les roselières aux poumons verts du delta, qui assurent l’équilibre respiratoire de l’ensemble du système.
Les roselières sont aussi des milieux fragiles, soumis aux variations du niveau d’eau, à l’eutrophisation et au piétinement. Dans certaines zones, le Parc naturel régional de Camargue met en œuvre des actions de gestion comme des fauches raisonnées, des suivis botaniques ou la création de zones tampon pour limiter les intrusions. Pour le visiteur, les sentiers sur pilotis et certains observatoires permettent de s’immerger au cœur des roseaux sans dégrader le milieu. Écouter le chant du phragmite des joncs ou le cri rauque du butor étoilé au crépuscule fait partie des expériences les plus marquantes pour qui s’intéresse à la nature camarguaise.
Les sansouïres halophiles et leur végétation adaptée à la salinité
Les sansouïres, typiques du littoral méditerranéen camarguais, sont des étendues basses, argileuses et soumises à de fortes concentrations en sel. Inondées une partie de l’année puis desséchées et craquelées en été, elles semblent à première vue peu accueillantes. Pourtant, elles abritent une végétation halophile remarquablement adaptée, composée notamment de salicornes, saladelles (Limonium) et soude maritime. Ces plantes succulentes stockent l’eau dans leurs tissus et adoptent des stratégies comparables à celles des plantes du désert face au manque d’eau, mais ici pour survivre à l’excès de sel.
Au fil des saisons, les sansouïres se parent de couleurs changeantes : vert tendre au printemps, elles virent au rouge, à l’orangé ou au pourpre en fin d’été, offrant un spectacle visuel saisissant. Ce sont également des zones de nourrissage pour de nombreuses espèces d’oiseaux, qui y trouvent invertébrés et graines en abondance. Toutefois, ces milieux sont particulièrement sensibles au passage répété des véhicules et au piétinement, qui détruisent la croûte superficielle du sol et perturbent la flore. C’est pourquoi il est essentiel de rester sur les chemins balisés lorsque vous traversez ces paysages apparemment vides mais en réalité très vivants.
Les marais salants de Salin-de-Giraud et production artisanale de fleur de sel
Les marais salants de Salin-de-Giraud, au sud‑est du parc, constituent un paysage industriel et naturel à la fois. Sur plusieurs milliers d’hectares, un réseau complexe de bassins, de roubines et de digues permet de concentrer progressivement l’eau de mer sous l’action combinée du soleil et du vent. Au fil des mois, la salinité augmente jusqu’à atteindre le point de cristallisation, où le sel précipite et forme les célèbres « camelles », ces montagnes blanches visibles de loin. Ce processus millénaire illustre parfaitement la relation intime entre l’homme et les éléments naturels en Camargue.
Parallèlement au sel industriel, une production plus fine et plus artisanale de fleur de sel est récoltée en surface des bassins, généralement à la main. Cette fine pellicule de cristaux, formée dans des conditions météorologiques particulières, est très recherchée pour sa texture croquante et sa richesse en oligo‑éléments. Des visites guidées, souvent en petit train ou à vélo, permettent de découvrir les différentes étapes de la saliculture, tout en observant la faune qui profite de ces milieux hyper‑salés, comme les avocettes ou les flamants roses. Si vous vous demandez quoi rapporter de votre séjour, un sachet de fleur de sel de Camargue constitue un souvenir à la fois gastronomique et symbolique.
Les sites patrimoniaux et points d’observation : musées et sentiers découverte
La découverte du Parc naturel régional de Camargue ne se limite pas aux grands espaces sauvages. De nombreux sites patrimoniaux et structures d’accueil jalonnent le territoire et offrent des clés de compréhension de ses paysages, de son histoire et de sa culture. Musées, maisons de la nature, parcs ornithologiques et sentiers thématiques permettent d’appréhender le territoire à différentes échelles, que vous soyez simple promeneur, photographe, naturaliste confirmé ou visiteur en famille. Ces lieux constituent souvent des points de départ idéaux pour des balades, tout en regroupant les informations pratiques indispensables.
Le Parc ornithologique du Pont de Gau et ses observatoires naturalistes
Situé le long de la D570, à quelques kilomètres des Saintes-Maries-de-la-Mer, le Parc ornithologique du Pont de Gau est l’un des sites les plus fréquentés par les amateurs d’oiseaux. Sur plus de 60 hectares de marais, roselières et plans d’eau, un réseau de sentiers et de passerelles permet d’observer de près flamants roses, hérons, cigognes, canards et de nombreuses autres espèces. Plusieurs observatoires en bois, installés à des emplacements stratégiques, offrent des points de vue privilégiés sur les zones de nidification et de nourrissage. Pour un « safari photo » réussi, c’est l’endroit idéal.
Le parc joue également un rôle pédagogique important. Des panneaux explicatifs, des expositions temporaires et parfois des animations guidées permettent de mieux comprendre le cycle de vie des oiseaux, les enjeux de conservation des zones humides ou encore la migration sur la voie de l’Adriatique. Une partie du site est rendue accessible aux personnes à mobilité réduite, ce qui en fait une excellente option de visite pour les familles avec jeunes enfants ou poussettes. La visite du Pont de Gau se combine facilement avec une balade vers les plages voisines ou le village des Saintes-Maries-de-la-Mer pour une journée complète en immersion dans la nature camarguaise.
Le Musée de la Camargue au Mas du Pont de Rousty
Installé dans une ancienne bergerie du Mas du Pont de Rousty, le Musée de la Camargue constitue une véritable porte d’entrée culturelle sur le territoire. Ses expositions permanentes et temporaires retracent les grandes étapes de l’histoire humaine en Camargue : aménagement du Rhône, saliculture, riziculture, élevage, mais aussi tourisme, chasse et pêche. Maquettes, témoignages audio, films d’archives et objets du quotidien permettent de saisir comment les hommes ont appris à vivre avec un milieu soumis aux crues, aux vents et à la salinité. Le musée montre bien que la Camargue est un paysage construit, fruit d’ajustements permanents entre nature et activités humaines.
À l’extérieur, un sentier de découverte balisé prolonge la visite en plein air. Il traverse différents milieux représentatifs (prairies, roubines, bosquets, marais) et propose des stations d’observation sur la faune et la flore locales. Des carnets de terrain et supports ludiques sont parfois disponibles pour accompagner les familles avec enfants. En programmant une halte au Musée de la Camargue en début de séjour, vous disposez d’un socle de connaissances utile pour mieux interpréter ensuite les paysages que vous traverserez, des rizières du nord aux plages du sud.
Les sentiers balisés : Digue à la Mer et chemins des cabanes de gardians
Le réseau de sentiers balisés constitue l’un des meilleurs moyens de découvrir à votre rythme les différents visages du parc naturel régional de Camargue. La Digue à la Mer, qui relie les Saintes-Maries-de-la-Mer à la Gacholle puis au secteur de Beauduc, est sans doute l’itinéraire le plus emblématique. Longue d’une vingtaine de kilomètres, elle offre un parcours plat, praticable à pied ou à vélo, entre mer et étangs. D’un côté, la Méditerranée s’étend à perte de vue ; de l’autre, lagunes, sansouïres et roselières abritent une riche avifaune. C’est un itinéraire idéal pour s’immerger dans la Camargue sauvage, à condition de prévoir eau, protection solaire et coupe‑vent selon la saison.
D’autres chemins, comme ceux qui mènent aux cabanes de gardians traditionnelles, permettent d’approcher le patrimoine bâti typique du delta. Ces habitations, reconnaissables à leur forme allongée, leur toit en roseau et leur pignon blanc orienté face au vent dominant, illustrent l’ingéniosité des populations locales pour s’adapter au climat et aux ressources disponibles. De nombreux itinéraires sont proposés dans la pochette « Chemins des Parcs », disponible dans les offices de tourisme et au Musée de la Camargue. En choisissant des boucles adaptées à votre niveau, vous pourrez composer un programme de randonnées variées, de la courte balade familiale à la journée complète.
La Capelière : centre d’information de la Réserve Naturelle Nationale
La Capelière, située sur la rive est de l’étang du Vaccarès, est le principal centre d’information de la Réserve Naturelle Nationale de Camargue. Gérée par la Société Nationale de Protection de la Nature, cette structure propose une exposition permanente sur la faune, la flore, la géologie et la gestion hydraulique du delta du Rhône. Maquettes, vidéos et dispositifs interactifs y expliquent de façon claire les mécanismes complexes qui régissent les échanges entre eau douce et eau salée, mais aussi les impacts du changement climatique et des activités humaines sur ces milieux sensibles.
Autour du bâtiment, un sentier nature d’environ 1,5 km permet de traverser différents habitats typiques : roselières, sansouïres, mares temporaires, boisements de tamaris. Des observatoires discrets offrent des points de vue privilégiés sur l’étang et ses populations d’oiseaux. La Capelière constitue ainsi un excellent compromis entre visite pédagogique et immersion sur le terrain. C’est également un lieu stratégique pour obtenir, en début de séjour, des informations actualisées sur l’état des sentiers, les périodes de chasse, les zones temporairement fermées ou encore les bonnes pratiques à adopter pour limiter votre empreinte écologique lors de vos déplacements.
Le village des Saintes-Maries-de-la-Mer : patrimoine culturel et pèlerinage gitan
Capitale spirituelle et touristique de la Camargue, le village des Saintes-Maries-de-la-Mer concentre de nombreux aspects de l’identité locale. Bordé par la Méditerranée, entouré de marais et de sansouïres, il constitue un point de départ privilégié pour explorer le parc naturel régional. Mais il possède aussi un patrimoine historique et religieux singulier. Son église romane fortifiée, Notre-Dame-de-la-Mer, domine le village depuis le XIe siècle. Classée monument historique, elle servait autrefois à la fois de lieu de culte et de refuge contre les incursions pirates. Depuis sa terrasse accessible au public, vous profitez d’un panorama à 360 degrés sur les toits du village, les étangs et les plages.
Les Saintes-Maries-de-la-Mer sont surtout célèbres pour les grands pèlerinages gitans qui s’y déroulent chaque année, autour du 24‑25 mai et du 22 octobre. Des milliers de pèlerins venus de toute l’Europe se rassemblent alors pour honorer Sainte Sara, vénérée comme la patronne des Gitans, ainsi que les Saintes Marie Jacobé et Marie Salomé. Processions, chants, messes et baignades des statues dans la mer confèrent à ces journées une intensité spirituelle et festive unique. Même en dehors de ces périodes, le village conserve une atmosphère animée, avec ses ruelles étroites, ses boutiques d’artisanat camarguais, ses restaurants et ses arènes.
Pour le visiteur, déambuler dans les Saintes-Maries-de-la-Mer permet de saisir le mélange de cultures qui caractérise la Camargue : influences provençales, espagnoles, gitanes et méditerranéennes s’y entremêlent. Vous pouvez, au choix, assister à une course camarguaise dans les arènes, flâner le long du port de plaisance, profiter des grandes plages à proximité immédiate du centre ou encore partir en excursion à cheval ou en bateau depuis le village. En choisissant un hébergement sur place, vous avez l’avantage de pouvoir explorer le parc tôt le matin et en fin de journée, aux heures où la lumière sublime les paysages et où la faune est la plus active.
La gestion hydraulique et riziculture : canaux d’irrigation et parcelles céréalières
Difficile de comprendre la Camargue sans évoquer la gestion de l’eau et la riziculture, qui ont profondément façonné le territoire depuis le XIXe siècle. Véritable « laboratoire à ciel ouvert », le delta du Rhône repose sur un maillage complexe de canaux d’irrigation, de roubines, de digues et de stations de pompage. Ce réseau permet de contrôler les niveaux d’eau, de limiter les intrusions salines, de protéger certaines zones des inondations et d’alimenter les parcelles agricoles en eau douce. On pourrait comparer ce système hydraulique à un gigantesque système circulatoire, où chaque canal joue le rôle d’une artère ou d’une veine participant au bon fonctionnement de l’ensemble.
La riziculture camarguaise, implantée à grande échelle à partir du milieu du XXe siècle, est aujourd’hui l’un des symboles forts du territoire. Les rizières, qui couvrent plusieurs dizaines de milliers d’hectares, transforment le paysage au fil des saisons : inondées au printemps, elles reflètent le ciel comme des miroirs ; verdoyantes en été, elles laissent place en automne à la moisson, puis à des terres nues en hiver. La culture du riz nécessite une gestion fine de l’eau, avec des remplissages et vidanges successifs des parcelles, assurés par un dense réseau de canaux. Cette rotation contribue également à maintenir des zones humides favorables à de nombreuses espèces, en particulier pour les oiseaux limicoles et les anatidés.
Du point de vue économique, le riz de Camargue bénéficie d’une Indication Géographique Protégée (IGP) qui garantit son origine et certaines pratiques culturales. De nombreux producteurs ont engagé des démarches en agriculture raisonnée ou biologique, afin de réduire l’usage de produits phytosanitaires et d’améliorer la qualité des eaux de ruissellement. Plusieurs exploitations, comme la Maison du Riz, proposent des visites pédagogiques pour expliquer les cycles de culture, les variétés produites (riz blanc, complet, rouge, noir) et les enjeux environnementaux liés à cette céréale. En visitant ces domaines, vous découvrirez comment la riziculture participe à la fois au maintien d’une activité agricole locale et à la gestion hydraulique du delta.
La conciliation entre production agricole, protection de la biodiversité et prévention des risques d’inondation constitue un défi permanent pour le Parc naturel régional de Camargue. Face au changement climatique, à la montée du niveau de la mer et à l’évolution du régime du Rhône, les stratégies de gestion de l’eau doivent sans cesse s’adapter. En tant que visiteur, prendre conscience de ces enjeux vous permettra de poser un regard plus averti sur les paysages traversés : derrière chaque rizière, chaque marais ou chaque digue se cache une longue histoire de choix collectifs et d’ajustements entre l’homme et le fleuve.