Quand et où admirer les plus beaux champs de lavande en Provence ?

La Provence s’impose comme l’un des plus beaux tableaux naturels d’Europe lorsque les premiers rayons de l’été éveillent les vastes étendues de lavande. Ce spectacle chromatique, où le mauve intense rencontre l’azur méditerranéen, attire chaque année des milliers de visiteurs en quête d’authenticité et de beauté brute. Pourtant, capturer ce moment éphémère nécessite une planification minutieuse : la fenêtre d’observation idéale ne dure souvent que quelques semaines, variant selon les terroirs, l’altitude et les conditions agrométéorologiques. Entre le plateau de Valensole, les contreforts du Mont Ventoux et les vallées secrètes du Luberon, chaque territoire lavandicole offre des nuances distinctes, des parfums uniques et des paysages qui semblent tout droit sortis d’une toile impressionniste. Cette symphonie végétale, orchestrée par les savoir-faire ancestraux des lavandiculteurs, constitue bien plus qu’un simple attrait touristique : elle représente l’âme même de la Provence.

Le calendrier phénologique de la floraison lavandine et lavande fine en provence

La compréhension des cycles de floraison constitue la clé pour organiser une visite réussie des champs de lavande provençaux. Contrairement à une idée reçue, la période d’observation optimale ne s’étend pas uniformément sur tout l’été mais varie considérablement selon les microclimats locaux, l’exposition des parcelles et les variétés cultivées. Les professionnels de l’agrotourisme le confirment : anticiper son voyage en fonction des spécificités phénologiques de chaque terroir transforme une simple visite en une expérience sensorielle inoubliable.

Les données climatiques des cinq dernières années révèlent une tendance au décalage progressif des périodes de floraison, avec un avancement moyen de 4 à 7 jours par rapport aux calendriers traditionnels. Ce phénomène, attribué au réchauffement climatique méditerranéen, oblige les visiteurs à ajuster leurs planifications et à consulter régulièrement les bulletins agrométéorologiques locaux avant de réserver leur séjour. Les offices de tourisme des principaux bassins lavandicoles ont d’ailleurs développé des systèmes d’alerte permettant de suivre en temps réel l’évolution de la floraison sur leurs territoires respectifs.

Floraison précoce sur le plateau de valensole : mi-juin à mi-juillet

Le plateau de Valensole, situé entre 400 et 600 mètres d’altitude, bénéficie d’une exposition sud-est particulièrement favorable qui déclenche la floraison dès la mi-juin. Cette précocité s’explique par des températures printanières plus élevées et une accumulation thermique rapide dans ce bassin naturel protégé des vents du nord. Les premiers épis floraux apparaissent généralement autour du 15 juin, et la pleine floraison, moment où 80% des fleurs sont épanouies, survient entre le 25 juin et le 5 juillet selon les années.

Les lavandiculteurs de Valensole cultivent principalement du lavandin grosso, un hybride robuste qui offre des rendements supérieurs à la lavande fine mais une période de floraison plus courte. Cette variété présente l’avantage de former des rangées particulièrement régulières et denses, créant ces perspectives géométriques qui font la renommée photographique du plateau. La récolte débute généralement autour du 14 juillet, mettant fin au spectacle visuel mais marquant le début d’une activité agronomique intense où les

alambics se mettent en marche jour et nuit. Pour le visiteur, cela signifie qu’au-delà du 15 juillet, une grande partie des parcelles iconiques sont déjà rasées. Si vous visez Valensole pour vos photos de lavande à perte de vue, planifiez donc votre séjour entre le 20 juin et le 10 juillet, en privilégiant les heures dorées du lever et du coucher de soleil pour magnifier les teintes violettes.

Pic de floraison dans le luberon et les monts de vaucluse : fin juin à début août

À mesure que l’on gagne en altitude et que l’on s’éloigne de l’influence directe de la Durance, la phénologie de la lavande se décale. Dans le Luberon et les Monts de Vaucluse, où les champs ondulent entre 300 et 800 mètres d’altitude, la floraison atteint généralement son optimum entre la dernière semaine de juin et la fin juillet. Les premières nuances violacées apparaissent autour du 25 juin dans la plaine d’Apt puis progressent vers les secteurs plus élevés du plateau des Claparèdes et des environs de Gordes.

Cette zone présente un intérêt particulier pour le voyageur : la période de floraison y est un peu plus étalée que sur Valensole. Les lavandins des bas versants s’ouvrent tôt, tandis que les parcelles de lavande fine proches du plateau d’Albion et du pays de Forcalquier montent plus lentement en fleur. Concrètement, vous pouvez encore observer de très beaux champs de lavande dans le Luberon début août, alors que Valensole sera déjà largement récolté. Pour optimiser votre séjour, visez une arrivée entre le 5 et le 20 juillet si vous souhaitez combiner lavande, villages perchés et randonnées dans le parc naturel régional du Luberon.

Floraison tardive sur le plateau d’albion et mont ventoux : juillet à mi-août

Véritable château d’eau aromatique de la Provence, le plateau d’Albion et les versants du Mont Ventoux culminent entre 800 et 1 200 mètres d’altitude. À ces altitudes, la lavande fine (ou Lavandula angustifolia) profite de nuits fraîches et d’une forte amplitude thermique, ce qui retarde naturellement la floraison. Sur les communes de Sault, Ferrassières ou Aurel, les premiers épis ne commencent à bleuir que début juillet et l’apogée chromatique se situe le plus souvent entre le 10 et le 25 juillet.

Cette « floraison tardive » fait du plateau d’Albion une destination de repli idéale pour ceux qui arrivent en Provence en plein cœur de l’été. Alors que les moissonneuses-batteuses parcourent déjà les lavandins de plaine, vous pouvez encore marcher au milieu des lavandes en fleur à Sault jusqu’à la mi-août, voire un peu plus tard certaines années. La fameuse Fête de la Lavande du 15 août, à Sault, marque traditionnellement la fin de la saison florale : les champs commencent à être coupés dans les jours qui suivent. Si vous souhaitez profiter à la fois de la féerie des fleurs et de l’ambiance des fêtes de village, prévoyez votre séjour sur ce secteur entre le 20 juillet et le 15 août.

Impact des variétés lavandula angustifolia vs lavandin grosso sur les périodes optimales

Derrière le terme générique « champs de lavande », se cachent en réalité deux protagonistes majeurs : la lavande vraie (Lavandula angustifolia) et le lavandin (dont le très répandu Grosso). Leur comportement phénologique diffère sensiblement et influe directement sur les meilleures dates pour admirer les paysages violets. La lavande fine, plus exigeante, est quasi exclusivement cultivée en altitude (généralement au-dessus de 700–800 m) et entre en floraison plus tardivement, avec un pic souvent positionné entre mi-juillet et début août.

Le lavandin, hybride naturel plus vigoureux, s’adapte mieux aux altitudes moyennes et basses. Il fleurit en général 10 à 15 jours avant la lavande fine, mais sa phase de pleine floraison est plus brève. Visuellement, le lavandin donne des champs d’un violet uniforme et très soutenu, tandis que la lavande vraie arbore des nuances plus subtiles, du bleu clair au mauve profond, avec des épis plus fins. Pour simplifier : si vous rêvez de « tapis violets parfaitement alignés », privilégiez les zones à lavandin comme Valensole fin juin-début juillet. Si vous recherchez des paysages de montagne parfumés, plus sauvages, et souhaitez découvrir l’huile essentielle AOP de lavande de Haute-Provence, orientez-vous vers la lavande fine du Ventoux et du plateau d’Albion à partir de mi-juillet.

Cartographie des terroirs lavandicoles emblématiques du vaucluse

Le Vaucluse concentre une mosaïque de terroirs lavandicoles qui s’étendent du Luberon au Ventoux, chacun offrant une combinaison unique d’altitude, de sols calcaires et d’ensoleillement. Pour le visiteur, comprendre cette cartographie, c’est un peu comme lire une partition : chaque plateau, chaque vallon joue sa propre note dans la grande symphonie provençale. Des itinéraires balisés permettent de relier ces paysages, formant de véritables « routes de la lavande » adaptées aussi bien aux photographes qu’aux familles en quête de découverte pédagogique.

Routes de la lavande autour de sault et ferrassières : itinéraires AOC

Autour de Sault et Ferrassières, la lavande n’est pas seulement un paysage, c’est un label. Une partie des exploitations est intégrée à l’Appellation d’Origine Protégée « Huile essentielle de lavande de Haute-Provence », gage de pratiques culturales contrôlées et de qualité aromatique. Plusieurs boucles routières et sentiers de découverte ont été aménagés pour guider les visiteurs au cœur de ces parcelles AOP. Le Chemin des Lavandes de Sault, par exemple, propose une boucle pédestre d’environ 5 km, jalonnée de panneaux explicatifs sur les cycles de la plante et les techniques de distillation.

En voiture, une route panoramique relie Sault à Ferrassières, Aurel et le col de l’Homme Mort, offrant des points de vue spectaculaires sur les grandes « mers violettes » du plateau d’Albion. Vous y traversez la principale zone de production de lavande fine d’Europe. Le mieux est de prévoir une journée complète pour combiner arrêts photographiques, visite d’une distillerie artisanale et flânerie dans les villages perchés. N’hésitez pas à faire une halte chez les producteurs qui proposent souvent des dégustations de miel de lavande, de biscuits ou de sirops élaborés à partir de leur récolte.

Champs photographiques de l’abbaye Notre-Dame de sénanque à gordes

L’abbaye cistercienne de Notre-Dame de Sénanque, nichée dans un vallon isolé à quelques kilomètres de Gordes, est probablement l’un des sites les plus photographiés de Provence. Ici, la lavande ne s’étend pas à perte de vue, mais forme un tapis discipliné devant la façade de pierre blonde de l’abbaye. Ce contraste saisissant entre l’architecture romane et le violet des rangées en fait un décor quasi iconique, particulièrement prisé des photographes de paysage et de mariage.

La période idéale pour immortaliser Sénanque en fleurs se situe généralement entre le 25 juin et le 15 juillet. Il est recommandé de venir tôt le matin, avant l’arrivée des bus touristiques, afin de profiter d’une lumière douce et d’un minimum de foule. À noter : le site se trouve au fond d’un vallon encaissé, et la lumière du soir disparaît rapidement derrière les collines. Pour préserver le lieu et respecter la vie monastique, l’accès aux champs est strictement encadré : on photographie depuis les abords sans pénétrer dans les rangs. Une bonne focale grand-angle ou un 35 mm lumineux vous permettra de capturer l’ensemble du parterre de lavande avec l’abbaye en arrière-plan.

Panoramas lavandicoles du plateau de valensole aux Alpes-de-Haute-Provence

Bien que Valensole se situe administrativement dans les Alpes-de-Haute-Provence, ce plateau forme avec le Vaucluse un continuum paysager que beaucoup de voyageurs parcourent en un seul et même itinéraire. Sur près de 800 km², les champs de lavandin alternent avec les parcelles de blé, de tournesols et les oliveraies, composant un patchwork agricole spectaculaire. Les routes départementales qui relient Valensole à Puimoisson, Riez ou Gréoux-les-Bains offrent de multiples haltes possibles, souvent non signalées mais aisément repérables à l’œil nu.

Pour profiter pleinement des panoramas lavandicoles de Valensole, l’idéal est de combiner la grande boucle routière du plateau avec quelques incursions sur les chemins agricoles (en restant toujours sur les pistes et en respectant les cultures). Ces pistes de terre vous permettent de vous éloigner quelque peu des points d’affluence et de trouver des compositions plus originales : arbres isolés, cabanons en pierre sèche, lignes de fuite parfaites vers les reliefs alpins. En fin de journée, lorsque le soleil frôle l’horizon, les rangées se parent de reflets dorés qui accentuent encore la profondeur du violet, créant une scène quasi irréelle.

Parcelles cultivées de Simiane-la-Rotonde et du pays d’apt

Plus confidentiel que Valensole et Sault, le pays d’Apt et les environs de Simiane-la-Rotonde constituent un véritable trésor pour qui cherche des champs de lavande plus intimistes. Ici, les parcelles sont souvent de taille moyenne, insérées entre des bosquets de chênes, des vergers d’arbres fruitiers et des collines calcaires. Cette fragmentation du paysage donne des vues très variées, idéales pour ceux qui souhaitent associer lavande et architecture rurale provençale dans leurs clichés.

Autour de Simiane-la-Rotonde, classé parmi les plus beaux villages de France, de nombreux itinéraires secondaires serpentent entre les lavandes. Le plateau d’Albion n’est jamais loin, et l’on passe en quelques kilomètres de vallons boisés à de vastes étendues ouvertes. Dans le bassin d’Apt, les champs de lavandin apparaissent dès les plaines, puis se resserrent en belles bandes régulières sur le plateau des Claparèdes, entre Saignon, Bonnieux et Castellet. Pour un séjour orienté « slow tourisme », ce secteur permet de combiner marchés provençaux, ocres de Roussillon, villages perchés et lavande en moins de 30 minutes de route.

Sites lavandicoles classés des Alpes-de-Haute-Provence et de la drôme provençale

Au-delà du Vaucluse, la Provence lavandicole s’étend vers le nord et l’est, englobant des territoires de caractère comme la Drôme provençale et les Alpes-de-Haute-Provence. Ces secteurs, moins fréquentés que Valensole ou Gordes, offrent pourtant des paysages parmi les plus préservés, où l’activité lavandicole reste intimement liée à un tissu d’exploitations familiales. Entre Grignan, Nyons, Forcalquier ou Digne, les champs de lavande se déploient dans un cadre de moyenne montagne qui séduit les amateurs de randonnées et de routes panoramiques.

Exploitation lavandicole du musée de la lavande à coustellet

Situé à l’entrée du Luberon, à Coustellet, le Musée de la Lavande joue un rôle de passerelle entre le visiteur et le monde professionnel des lavandiculteurs. S’appuyant sur une exploitation familiale historique, le site propose une véritable immersion pédagogique : collection d’alambics en cuivre, exposition sur l’évolution des techniques de culture, ateliers autour de la reconnaissance olfactive des différentes huiles essentielles. Pour les familles, c’est souvent la première étape idéale avant de partir explorer les champs voisins.

La particularité de cette structure réside dans son articulation entre musée et exploitation active. Selon la période de l’année, vous pouvez y observer le tri des bouquets, l’extraction de l’huile essentielle ou la fabrication de cosmétiques à base de lavande. Bien que les parcelles attenantes soient de taille modeste par rapport aux grands plateaux, elles offrent un bel aperçu des différences visuelles entre lavande fine et lavandin. Une visite ici permet de comprendre ce que l’on contemple ensuite dans les grands paysages : derrière chaque rang, il y a des choix agronomiques, des contraintes climatiques et un savoir-faire éprouvé.

Domaines distillatoires ouverts : distillerie les agnels et château du bois

Pour aller plus loin dans la découverte de l’univers lavandicole, certaines distilleries emblématiques ouvrent leurs portes au public durant la saison. La Distillerie Les Agnels, sur les hauteurs d’Apt, et le domaine du Château du Bois, sur le plateau d’Albion, figurent parmi les plus renommés. Toutes deux pratiquent la distillation à la vapeur d’eau selon des méthodes traditionnelles, tout en investissant dans des installations modernes pour optimiser la qualité des huiles essentielles.

Lors des visites guidées, vous pouvez suivre le parcours complet de la fleur, du champ à l’alambic, puis au flacon. L’instant où les premiers litres d’hydrolat et d’huile essentielle s’écoulent est particulièrement marquant : l’air se charge alors d’un parfum d’une intensité rare. Ces domaines disposent également de leurs propres champs de lavande accessibles à la visite (toujours avec respect et sur les sentiers). C’est l’occasion de poser toutes vos questions techniques : densité de plantation, rotation des cultures, choix des clones, impact des épisodes de sécheresse… et de repartir avec un regard plus informé sur les paysages que vous photographierez ensuite.

Champs cultivés de Grignan-les-Adhémar et vallée de la durance

En Drôme provençale, le secteur de Grignan-les-Adhémar et de l’Enclave des Papes forme un autre foyer lavandicole de premier plan. Les champs y alternent avec les vignes AOC et les vergers d’oliviers, créant un paysage particulièrement varié. Autour de Grignan, connu pour son imposant château Renaissance, de belles parcelles de lavandin bordent les routes secondaires en direction de Valréas, Chamaret ou Réauville. La floraison débute ici vers la mi-juin en plaine et se prolonge jusqu’à fin juillet sur les secteurs plus élevés.

Plus au sud, la vallée de la Durance et le pays de Forcalquier proposent une autre facette de la lavande de Provence. Les champs, souvent plus morcelés, épousent les courbes des collines et des vallons. Autour de Mane, Niozelles ou Lurs, certaines exploitations ont développé des offres d’agrotourisme : gîtes au milieu des lavandes, visites commentées des distilleries, ateliers de création de sachets parfumés. Pour qui souhaite éviter les grands flux touristiques, ces territoires représentent une alternative précieuse, tout en restant à proximité des grands axes (A7, A51, lignes TGV d’Avignon et Aix-en-Provence).

Paramètres agrométéorologiques influençant l’intensité chromatique des lavandaies

Pourquoi certains étés offrent-ils des champs d’un violet presque fluorescent, tandis que d’autres années les couleurs paraissent plus douces, voire délavées ? Au-delà de la variété ou de l’âge des plants, ce sont surtout les paramètres agrométéorologiques qui modulent l’intensité chromatique des lavandaies. Comme un peintre qui joue sur la densité de ses pigments, la nature ajuste chaque année la « saturation » des champs de lavande en fonction de l’eau, du soleil et du stress thermique.

Hygrométrie et pluviométrie méditerranéenne sur la densité florale

La lavande est une plante xérophile, adaptée aux sols secs, mais cela ne signifie pas qu’elle se passe totalement d’eau. Un hiver suffisamment pluvieux et un printemps modérément arrosé favorisent la formation de nombreux bourgeons floraux. À l’inverse, un déficit hydrique prononcé au printemps peut entraîner une floraison plus clairsemée, avec des épis plus courts et moins denses. Pour le visiteur, cela se traduit visuellement par des rangées moins « pleines », où le sol apparaît davantage entre les plants.

L’hygrométrie de l’air joue également un rôle subtil. Des nuits légèrement humides suivies de journées ensoleillées permettent à la plante de limiter son stress et de concentrer son énergie dans la production florale. À l’autre extrême, une succession de journées caniculaires assorties d’un vent sec (mistral) peut accélérer la sénescence des fleurs, réduisant la durée de la pleine floraison de plusieurs jours. C’est pourquoi, lors des années particulièrement sèches, les offices de tourisme recommandent souvent d’avancer d’une semaine sa venue par rapport aux dates « habituelles ».

Exposition héliotropique et altitude optimale entre 400 et 1200 mètres

La lavande est une véritable plante solaire, mais comme pour tout, l’excès peut devenir contre-productif. Les parcelles orientées plein sud, à basse altitude, entrent très vite en floraison mais voient également leur pic chromatique décliner plus rapidement sous l’effet des fortes chaleurs. En revanche, les expositions est ou sud-est favorisent une montée en fleur progressive, avec des couleurs souvent plus homogènes sur la durée. Entre 400 et 1 200 mètres, on considère que la plante bénéficie d’un équilibre optimal entre ensoleillement, fraîcheur nocturne et ventilation.

Concrètement, cela explique pourquoi les lavandes de la vallée du Rhône ou de la plaine d’Apt offrent leurs plus belles couleurs dès fin juin, tandis que celles du plateau d’Albion et de la montagne de Lure resplendissent surtout en juillet. En altitude, la photosynthèse se poursuit à un rythme plus modéré, ce qui prolonge la phase de pleine floraison. Pour le voyageur, jouer avec ces gradients d’altitude revient un peu à disposer d’une « molette de réglage temporelle » : si vous arrivez un peu trop tard pour Valensole, il vous suffit de gagner quelques centaines de mètres pour retrouver des champs à leur optimum visuel.

Stress hydrique et concentration en huiles essentielles : impact visuel sur le mauve

Un autre facteur, moins intuitif mais déterminant, concerne le lien entre stress hydrique et concentration en huiles essentielles. En conditions sèches et ensoleillées, la lavande augmente naturellement sa production de composés aromatiques (linalol, acétate de linalyle…) pour se protéger. Cette concentration accrue d’huiles essentielles ne modifie pas seulement le parfum, elle influe aussi sur la texture et parfois sur la saturation perçue des teintes mauves, un peu comme un tissu imbibé de pigments.

À l’inverse, un début d’été anormalement humide, avec des épisodes orageux fréquents, peut diluer cette concentration aromatique et raccourcir la fenêtre pendant laquelle les fleurs présentent à la fois un parfum intense et une couleur profonde. C’est l’une des raisons pour lesquelles les lavandiculteurs surveillent de très près les bulletins météo avant de lancer la coupe : récolter trop tôt, c’est perdre en rendement colorimétrique et olfactif ; trop tard, c’est risquer que les épis brunissent et que l’huile essentielle perde en finesse. Pour vous, voyageurs et photographes, cette alchimie invisible explique pourquoi deux séjours effectués à dates identiques mais à quelques années d’intervalle peuvent donner des impressions très différentes.

Festivals et événements dédiés à la récolte lavandicole en provence

La saison de la lavande en Provence ne se résume pas à un spectacle paysager : elle s’accompagne d’un riche calendrier de fêtes traditionnelles, marchés thématiques et animations pédagogiques. Ces événements, souvent portés par les coopératives de producteurs et les offices de tourisme, permettent de plonger au cœur de la culture lavandicole, de rencontrer les agriculteurs et de découvrir les coulisses de la récolte et de la distillation. Assister à l’un de ces festivals, c’est un peu comme passer de l’autre côté de la carte postale.

Parmi les rendez-vous incontournables, on peut citer :

  • La Fête de la Lavande de Valensole (3ᵉ dimanche de juillet) où distillations en plein air, défilés folkloriques et marchés de producteurs animent tout le village.
  • La Fête de la Lavande de Sault (15 août), qui célèbre la fin de la floraison sur le plateau d’Albion avec concours de coupe à la faucille, démonstrations de battage et grande parade provençale.
  • Les multiples marchés de la lavande en Drôme provençale (Grignan, Valréas, Nyons) où l’on trouve huiles essentielles, savons, miels, mais aussi glaces, sirops et pâtisseries parfumées à la lavande.

Ces manifestations offrent également des opportunités photographiques uniques : chars décorés de gerbes de lavande, alambics fumants au coucher du soleil, démonstrations de coupe manuelle dans des champs encore en fleurs… Si vous voyagez en famille, ce sont des moments privilégiés pour sensibiliser les enfants au respect des cultures et à la réalité du métier de lavandiculteur. Pensez simplement à réserver votre hébergement bien en amont : certains villages voient leur population multipliée par dix le temps d’un week-end.

Techniques photographiques pour capturer les rangées linéaires de lavande au drone et grand-angle

Face à un champ de lavande parfaitement aligné, on peut être tenté de simplement dégainer son smartphone et d’appuyer sur le déclencheur. Pourtant, quelques notions de composition et de technique suffisent à transformer une image banale en photographie spectaculaire. Les rangées linéaires de lavandin offrent un terrain de jeu graphique exceptionnel, que l’on soit muni d’un grand-angle, d’un téléobjectif ou d’un drone. Comment exploiter au mieux ces lignes de fuite ?

Au sol, un objectif grand-angle (entre 16 et 24 mm en plein format) permet de renforcer la perspective des rangs de lavande. En vous plaçant au ras du sol, à l’extrémité d’une rangée, vous créez un « couloir » visuel qui guide naturellement le regard vers un élément d’accroche : un arbre isolé, un cabanon, une montagne au loin. Pour éviter que le ciel ne domine l’image, pensez à placer l’horizon au tiers supérieur du cadre. En fin de journée, une vitesse d’obturation de 1/100 s et une ouverture entre f/8 et f/11 garantissent une bonne profondeur de champ tout en conservant du détail dans les fleurs.

Avec un drone, la donne change totalement. En vue verticale, les champs se transforment en abstractions géométriques où alternent bandes violettes, ocres des chemins et verts des haies. Pour respecter la réglementation française, vous devrez cependant vérifier que votre zone n’est pas classée en espace aérien restreint (nombre de sites touristiques et religieux, comme Sénanque, sont partiellement ou totalement interdits de survol). Une altitude de vol modérée, entre 20 et 40 mètres, suffit souvent à obtenir des images spectaculaires tout en minimisant la gêne pour les agriculteurs et la faune pollinisatrice.

Enfin, quelle que soit votre configuration, gardez deux principes en tête : le respect absolu des parcelles (on ne coupe jamais à travers les rangs pour « se placer ») et la patience. Attendre que les derniers visiteurs s’éloignent, que le vent se calme ou que les nuages filtrent légèrement la lumière peut faire toute la différence. Après tout, photographier la lavande en Provence, ce n’est pas seulement capturer une couleur : c’est saisir un moment suspendu, à la croisée de la nature, de la lumière et du travail des hommes.

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