Pourquoi les villages perchés de Provence fascinent-ils autant ?

Depuis des siècles, les villages perchés de Provence exercent une fascination indéniable sur les voyageurs, les photographes, les artistes et les amoureux du patrimoine. Édifiés sur des promontoires rocheux, accrochés à flanc de falaise ou couronnant des collines abruptes, ces joyaux architecturaux incarnent un équilibre remarquable entre génie humain et contraintes naturelles. Leur silhouette caractéristique, visible de loin dans le paysage provençal, témoigne d’une histoire millénaire marquée par la nécessité défensive, l’ingéniosité constructive et une adaptation subtile au climat méditerranéen. Aujourd’hui classés pour beaucoup parmi les Plus Beaux Villages de France, ces bourgs historiques attirent des millions de visiteurs chaque année, fascinés par leur authenticité préservée, leurs panoramas vertigineux et leur atmosphère hors du temps. Qu’est-ce qui explique cette attraction irrésistible ? Comment l’architecture, la géologie, l’urbanisme et la culture se conjuguent-ils pour créer des lieux aussi magnétiques ?

L’architecture défensive médiévale des villages perchés provençaux

L’implantation en hauteur des villages provençaux répond d’abord à une logique militaire et sécuritaire développée durant le Moyen Âge. Entre le XIe et le XIIIe siècle, période d’insécurité chronique marquée par les invasions sarrasines, les conflits seigneuriaux et les raids de brigands, les populations se regroupent sur des sites naturellement défendables. Cette organisation spatiale permet une surveillance optimale des vallées environnantes et facilite la défense collective en cas d’attaque. Les villages comme Gordes, Roussillon ou Les Baux-de-Provence témoignent de cette stratégie défensive qui a façonné durablement le paysage provençal. Les remparts, souvent construits en intégrant les façades arrière des maisons périphériques, créent une enceinte continue particulièrement difficile à franchir pour un assaillant.

Les systèmes de fortification en nid d’aigle de gordes et roussillon

Gordes illustre parfaitement le principe du village-forteresse médiéval. Construit en amphithéâtre autour de son château Renaissance érigé sur les fondations d’une forteresse du XIe siècle, le bourg déploie ses maisons en gradins successifs qui forment autant de lignes de défense naturelles. Les ruelles escarpées, souvent en escaliers, ralentissent la progression d’éventuels assaillants tandis que la position sommitale du château permet une surveillance à 360 degrés sur la vallée du Calavon et le plateau du Vaucluse. À Roussillon, l’éperon rocheux sur lequel s’accroche le village offre des falaises d’ocre quasi verticales sur trois côtés, ne laissant qu’un seul accès fortifié par une porte monumentale. Cette configuration géologique exceptionnelle transforme le site en citadelle naturelle quasiment imprenable, nécessitant peu d’aménagements défensifs supplémentaires.

L’ingénierie militaire des remparts de Sainte-Agnès et èze

Dans les Alpes-Maritimes, Sainte-Agnès détient le record du village littoral le plus élevé d’Europe, perché à 780 mètres d’altitude. Ses fortifications médiévales, complétées au XVIIIe siècle, témoignent d’une ingénierie militaire sophistiquée adaptée au relief montagneux. Les remparts épousent les courbes de niveau du terrain rocheux

et exploitent chaque aspérité rocheuse comme un atout défensif. À la différence des villages du Luberon, ce sont ici les à-pics vertigineux et les à-coups du relief qui dictent l’implantation des courtines, bastions et chemins de ronde. À Èze, véritable nid d’aigle surplombant la Méditerranée, les remparts médiévaux ont été doublés par une série de murs d’escarpe et de fossés secs qui rendent l’assaut frontal quasi impossible. L’accès au cœur du village se fait par une rampe unique, étroite et sinueuse, pensée comme un goulet où l’on pouvait ralentir, canaliser et exposer l’ennemi au tir croisé des défenseurs, une leçon d’ingénierie militaire parfaitement intégrée au paysage.

Les portes sarrasines et tours de guet du castellet et gourdon

Dans plusieurs villages perchés de Provence, la porte d’entrée n’est pas un simple passage : c’est un ouvrage défensif à part entière. Au Castellet, dans le Var, la « porte sarrasine » voûtée marque la transition entre la plaine viticole des environs et l’espace fortifié du bourg médiéval. Dotée autrefois d’un pont-levis et d’une herse, elle contrôlait étroitement les flux de personnes et de marchandises. À Gourdon, accroché à un éperon surplombant les gorges du Loup, le dispositif est complété par des tours de guet qui permettent de surveiller à la fois les anciennes voies muletières et les accès par les ravins. Ces tours, parfois réemployées en clochers ou en logis, rappellent que chaque ouverture dans l’enceinte était pensée comme un maillon d’une chaîne défensive continue.

La topographie stratégique du massif des alpilles à Baux-de-Provence

Les Baux-de-Provence illustrent à merveille la manière dont la topographie a dicté la forme du village perché. Juchée sur un plateau calcaire entaillé de falaises, l’ancienne seigneurie contrôle tout le massif des Alpilles, du Val d’Enfer aux vallons plantés d’oliviers. Le château, véritable citadelle taillée dans le roc, domine un réseau de cours, de poternes et de chemins creux permettant de se replier rapidement en cas d’attaque. La configuration en éperon, étroit à sa base et élargi vers le sommet, offre une défense en profondeur : plus on monte vers le cœur du village, plus le système devient complexe, à l’image d’un verrou que l’on ne cesse de resserrer.

Pour le visiteur d’aujourd’hui, cette organisation défensive se traduit par une expérience de visite très progressive : on franchit d’abord les anciens avant-postes, puis les ruelles taillées dans le roc, avant d’atteindre la plateforme sommitale ouverte sur un panorama à 360 degrés. C’est cette dramaturgie paysagère, héritée des besoins militaires, qui confère aux villages perchés de Provence leur dimension presque théâtrale.

Le patrimoine géologique et l’implantation en éperon rocheux

Si les villages perchés de Provence semblent si harmonieusement intégrés à leur environnement, c’est aussi parce qu’ils tirent parti d’un patrimoine géologique exceptionnel. Calcaires du Luberon, ocres du Pays d’Apt, travertins des plateaux vauclusiens ou roches karstiques du Ventoux offrent autant de supports naturels pour édifier des villages en éperon, littéralement enchâssés dans la pierre. Cette géologie conditionne à la fois le choix des sites, les techniques de construction et même la palette de couleurs des façades, qui reflètent fidèlement les sols environnants.

Les formations calcaires du luberon à bonnieux et lacoste

Dans le Luberon, les villages de Bonnieux et Lacoste illustrent le rôle déterminant des formations calcaires. Édifiés sur des crêtes et replats de bancs calcaires massifs, ils bénéficient d’assises rocheuses stables qui permettent de bâtir en surplomb, sans risque majeur de glissement. Les maisons de pierre locale, taillée dans les mêmes couches géologiques, se fondent visuellement dans le relief au point que l’on distingue parfois à peine la limite entre rocher et bâti. Cette homogénéité minérale contribue à la sensation d’un « village naturel », comme s’il était né de la colline elle-même.

Sur le plan pratique, ces calcaires durs se prêtent bien à la taille de blocs rectangulaires et de dalles, idéales pour les linteaux, encadrements de fenêtres ou escaliers extérieurs. Ils offrent aussi une bonne inertie thermique, atout précieux sous le soleil provençal. Pour vous, voyageur, comprendre cette géologie, c’est lire autrement le paysage : en levant les yeux vers les falaises qui dominent Bonnieux ou Lacoste, vous retrouvez la même pierre que sous vos pieds dans les calades.

L’adaptation architecturale aux falaises d’ocre à rustrel et gargas

À Rustrel et Gargas, dans le Pays d’Apt, ce sont les falaises d’ocre qui dictent l’implantation des hameaux et des anciens quartiers. Ici, la roche n’est pas seulement un socle : elle est aussi une ressource pigmentaire utilisée depuis des siècles. Les pentes instables et les couches friables ont contraint les bâtisseurs à adapter l’urbanisme, en évitant les versants les plus érodables et en consolidant systématiquement les talus par des murets de soutènement. Les maisons, lorsque cela était possible, s’adossaient directement au front de taille, offrant une isolation naturelle et limitant les besoins en matériaux.

Cette adaptation architecturale se lit dans la superposition de terrasses, de restanques et de petites plateformes artificielles taillées dans l’ocre. Comme un escalier géant, chaque niveau accueille quelques maisons, un jardin ou un chemin, optimisant ainsi des reliefs a priori peu propices à l’habitat. La chromatique exceptionnelle des ocres – du jaune pâle au rouge profond – se retrouve enfin dans les enduits des façades, créant une continuité visuelle saisissante entre village et carrière.

Les roches karstiques du mont ventoux à brantes et le barroux

Au pied du Mont Ventoux, les villages perchés de Brantes et du Barroux reposent sur des roches karstiques fissurées, entaillées de dolines, grottes et avens. Ce substrat complexe présente des avantages stratégiques – nombreuses cavités pour abris, points d’observation en belvédère – mais aussi des contraintes hydrauliques majeures. L’eau s’infiltre rapidement dans le sous-sol, obligeant les habitants à développer des systèmes ingénieux de collecte : citernes voûtées, canalisations taillées dans la roche, bassins de rétention en pied de mur.

L’implantation des maisons suit les lignes de fracture les plus stables, laissant parfois affleurer le rocher dans les rez-de-chaussée ou les caves. Cette présence minérale, visible à l’intérieur même des habitations, renforce le sentiment d’un dialogue constant entre bâti et relief. Pour qui s’intéresse à la géologie, une promenade à Brantes ou au Barroux devient ainsi une véritable lecture de paysage, où chaque mur et chaque terrasse racontent la façon dont l’homme s’est adapté à un environnement karstique exigeant.

La pierre de taille et le travertin dans la construction à venasque

À Venasque, autre village perché emblématique du Vaucluse, le travertin occupe une place particulière. Cette roche calcaire, formée par les dépôts de sources chargées en carbonate de calcium, a longtemps été exploitée dans les environs immédiats. Facile à tailler lorsqu’elle est fraîchement extraite, mais se durcissant à l’air, elle a fourni une grande partie des blocs utilisés pour les maisons, les escaliers et les encadrements du remarquable baptistère paléochrétien.

La pierre de taille de Venasque se reconnaît à sa teinte claire et légèrement dorée, qui capte magnifiquement la lumière rasante du soir. Son usage généralisé confère au village une unité esthétique rare, renforçant cette impression de « citadelle de lumière » suspendue au-dessus des vergers. En observant de près les façades, vous remarquerez souvent les marques de tâcheron gravées dans les blocs, signatures discrètes des tailleurs de pierre qui ont bâti ce patrimoine aujourd’hui si recherché.

Les ruelles caladées et l’urbanisme médiéval vertical

L’une des particularités les plus frappantes des villages perchés de Provence réside dans leur urbanisme vertical. Contraints par le relief, les bâtisseurs médiévaux ont développé un réseau dense de ruelles en escalier – les fameuses calades – qui se déploient en spirale autour du noyau castral ou de l’église. Cet agencement, pensé d’abord pour la défense et l’optimisation de l’espace, façonne aujourd’hui une expérience de visite singulière : on grimpe, on descend, on se faufile sous des passages voûtés, découvrant à chaque tournant une perspective nouvelle sur la vallée.

Le pavage en galets de la crau dans les calades de Moustiers-Sainte-Marie

À Moustiers-Sainte-Marie, village emblématique des gorges du Verdon, les ruelles caladées frappent d’abord par la qualité de leur pavage. Les galets roulés, issus pour beaucoup de la plaine de la Crau ou des lits de torrents voisins, sont soigneusement disposés en arêtes de poisson ou en motifs géométriques. Ce pavage n’a rien d’anecdotique : il assure une excellente évacuation des eaux de ruissellement sur des pentes parfois très fortes, tout en offrant une adhérence appréciable sous la pluie.

Pour les habitants comme pour les visiteurs, marcher sur ces calades, c’est remonter le temps. On y perçoit encore la logique fonctionnelle qui voulait que l’on puisse conduire un mulet ou descendre des charges de faïence même dans les rues les plus raides. La combinaison de la pierre locale pour les murs et des galets pour le sol produit une esthétique très particulière, où chaque détail est né d’une contrainte pratique autant que d’une recherche de durabilité.

L’organisation spatiale en gradins de Saint-Paul-de-Vence

À Saint-Paul-de-Vence, sur la Côte d’Azur, l’urbanisme médiéval vertical se traduit par une organisation en véritables gradins. Le village, ceinturé de remparts bastionnés, se structure autour d’une dorsale principale sur laquelle viennent s’accrocher des ruelles secondaires en forte pente. Les maisons, souvent hautes de trois à quatre niveaux, tirent parti de ce dénivelé : une entrée côté rue basse, une autre côté rue haute, des caves semi-enterrées qui deviennent rez-de-chaussée sur la façade aval.

Ce jeu de décalages crée un tissu urbain extrêmement dense mais remarquablement ventilé, chaque niveau bénéficiant d’ouvertures vers la vallée. Pour vous, promeneur, cette organisation en gradins se traduit par des points de vue multiples sur la campagne environnante et sur les remparts. C’est aussi ce qui fait de Saint-Paul-de-Vence un lieu privilégié pour les artistes : à chaque changement de niveau, la perspective sur la lumière méditerranéenne se renouvelle, comme dans une succession de tableaux.

Les passages voûtés et escaliers en colimaçon d’Oppède-le-Vieux

À Oppède-le-Vieux, dans le Luberon, l’urbanisme médiéval atteint un degré de complexité fascinant, avec un enchevêtrement de passages voûtés, d’escaliers en colimaçon et de ruelles couvertes. Construits pour relier rapidement les différents quartiers au château et à l’église haute, ces cheminements protégés permettaient de circuler à l’abri des intempéries… et des projectiles ennemis. Les escaliers, souvent taillés directement dans le rocher, épousent les formes les plus improbables du relief, au point de donner parfois l’impression de pénétrer dans un labyrinthe minéral.

Ce réseau de circulations verticales, loin d’être un simple décor pittoresque, témoigne de l’ingéniosité déployée pour rendre habitable un site extrêmement escarpé. Pour le visiteur contemporain, il impose un rythme particulier : on progresse lentement, on s’arrête, on se retourne pour mesurer le chemin parcouru. C’est sans doute là l’une des clés de la fascination exercée par les villages perchés : ils nous obligent à ralentir et à consacrer du temps à chaque détail de leur architecture.

Le microclimat méditerranéen et l’orientation héliothermique

Au-delà de la défense et de la géologie, les villages perchés de Provence sont de véritables laboratoires d’adaptation au microclimat méditerranéen. En jouant sur l’orientation des façades, la disposition des ruelles et la masse des murs, les anciens ont su tirer parti du soleil, du mistral et des brises thermiques pour créer des conditions de vie plus confortables. On parle aujourd’hui de conception bioclimatique ; eux pratiquaient déjà, intuitivement, une forme d’urbanisme héliothermique.

La ventilation naturelle par le mistral à ménerbes et lourmarin

À Ménerbes et Lourmarin, deux villages emblématiques du Luberon, le mistral joue un rôle ambivalent : parfois redouté pour sa violence, il constitue aussi un puissant allié pour rafraîchir les façades et assécher les ruelles. L’orientation des rues principales, souvent légèrement décalée par rapport à l’axe du vent dominant, permet de canaliser ou au contraire de briser les rafales. Les placettes protégées par des murs de soutènement ou des alignements de maisons offrent des refuges abrités où l’on vient naturellement chercher le calme.

Ce jeu subtil entre ventilation et protection se retrouve aussi dans la disposition des ouvertures : petites fenêtres côté nord, larges baies côté sud ou sud-est, volets pleins que l’on peut fermer en cas de grand vent. Pour vous qui visitez ces villages en été, cette architecture se traduit par des contrastes saisissants : un coin de rue où souffle un courant d’air frais, une venelle soudain très calme, une terrasse abritée où l’on oublie presque la puissance du mistral sur les hauteurs.

L’exposition sud des terrasses cultivées de séguret et gigondas

Dans les villages viticoles de Séguret et Gigondas, accrochés aux pentes des Dentelles de Montmirail, l’orientation héliothermique ne concerne pas seulement les maisons mais aussi les terrasses cultivées. Les vignobles en restanques, exposés plein sud ou sud-est, profitent d’un ensoleillement maximal et d’un excellent drainage, conditions idéales pour la maturité des raisins. Le village perché, tel un balcon au-dessus de la vallée, domine ce paysage viticole en gradins qui prolonge visuellement la trame urbaine.

Pour les habitants, cette organisation crée une continuité entre espace bâti et espace agricole : on quitte la dernière maison, on franchit un muret de pierre sèche, et l’on se retrouve immédiatement dans les vignes. Pour vous, visiteur, cela signifie aussi que les sentiers de randonnée partent souvent directement du cœur du village, offrant en quelques minutes seulement des points de vue spectaculaires sur l’ensemble du terroir. Architecture, agriculture et climat se répondent ainsi dans un équilibre patiemment construit au fil des siècles.

La régulation thermique par l’inertie des murs en pierre sèche

Qu’il s’agisse des maisons, des bories ou des murets de terrasses, la pierre sèche joue un rôle fondamental dans la gestion du microclimat des villages perchés. Épais de 60 centimètres à plus d’un mètre, les murs accumulent la fraîcheur de la nuit et restituent progressivement cette inertie thermique pendant la journée. À l’inverse, en hiver, ils emmagasinent la chaleur solaire et limitent les amplitudes de température entre intérieur et extérieur.

Cette technique de construction, sans mortier, présente un autre avantage majeur dans les milieux méditerranéens : elle laisse circuler l’air et l’humidité, évitant la condensation et les remontées capillaires. Quand vous longez un muret en pierre sèche au soleil, imaginez-le comme une gigantesque « batterie thermique » chargée et déchargée en continu par le climat. Ce principe, redécouvert aujourd’hui dans l’architecture écologique contemporaine, est au cœur même de la durabilité des villages perchés provençaux.

La préservation patrimoniale et le label « plus beaux villages de france »

Si les villages perchés de Provence nous parviennent dans un état de conservation aussi remarquable, c’est en grande partie grâce aux politiques de préservation patrimoniale mises en place depuis la seconde moitié du XXe siècle. Le label Plus Beaux Villages de France, créé en 1982, joue un rôle clé : il distingue les communes qui s’engagent à protéger leur architecture traditionnelle, leur paysage et leur cadre de vie. En Provence et sur la Côte d’Azur, plusieurs villages perchés ont ainsi obtenu cette reconnaissance, à condition de respecter des critères stricts.

Les critères d’authenticité architecturale pour gassin et tourtour

À Gassin, sur le golfe de Saint-Tropez, et à Tourtour, dans le Haut-Var, l’obtention du label s’est accompagnée d’un travail minutieux sur l’authenticité architecturale. Les règlements d’urbanisme imposent par exemple l’usage de matériaux traditionnels (tuiles canal, enduits à la chaux, menuiseries en bois) et encadrent strictement la hauteur des constructions neuves. Les enseignes commerciales, l’éclairage public et même le mobilier urbain sont conçus pour s’intégrer discrètement dans le paysage bâti.

Pour vous, visiteur, ces contraintes se traduisent par une expérience esthétique cohérente : pas d’enseignes criardes, pas de façades en rupture totale avec l’environnement historique, mais une continuité visuelle qui renforce le sentiment de voyager dans un village resté à taille humaine. En contrepartie, les communes bénéficient d’une attractivité renforcée, avec un tourisme culturel plus qualitatif et mieux réparti sur l’année.

La restauration des édifices classés à ansouis et cucuron

Dans les villages d’Ansouis et de Cucuron, au cœur du Luberon, la préservation passe par une politique active de restauration des édifices classés. Châteaux, églises, remparts et maisons seigneuriales font l’objet de campagnes régulières de travaux, financées en partie par l’État, les collectivités locales et des mécènes privés. Les restaurations se veulent exemplaires : mortiers à base de chaux, réemploi de pierres locales, recours à des artisans spécialisés en taille de pierre ou en charpente traditionnelle.

Cette exigence a un coût, mais elle garantit la transmission d’un savoir-faire rare. Pour le voyageur attentif, elle se repère dans la finesse d’un appareillage, la restitution d’un escalier d’époque ou la réouverture d’une fenêtre à meneaux longtemps murée. En visitant Ansouis ou Cucuron, vous devenez en quelque sorte le témoin privilégié d’un chantier permanent de sauvegarde du patrimoine, où chaque intervention vise à maintenir l’esprit des lieux tout en assurant leur pérennité.

Le plan de sauvegarde et de mise en valeur des sites historiques

Au-delà des labels, plusieurs villages perchés provençaux se dotent d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV), document d’urbanisme spécifique aux secteurs sauvegardés. Ce plan définit, parcelle par parcelle, les règles applicables aux façades, toitures, ouvertures, couleurs d’enduits, mais aussi aux aménagements de l’espace public. L’objectif ? Éviter les transformations irréversibles et garantir que chaque rénovation contribue à l’harmonie d’ensemble du site historique.

Pour les habitants, ce cadre peut sembler contraignant, mais il protège aussi la valeur patrimoniale – et donc immobilière – de leur village. Pour vous, touriste ou futur résident, il offre la certitude que le panorama que vous admirez aujourd’hui sera, dans ses grandes lignes, encore là demain. Cette continuité, rare à l’heure des mutations rapides, est l’une des raisons profondes pour lesquelles les villages perchés de Provence fascinent autant.

Le tourisme culturel et l’économie locale des villages perchés

Les villages perchés de Provence ne sont pas de simples décors figés : ce sont aussi des lieux de vie dont l’économie repose largement sur le tourisme culturel. Hébergements de charme, restaurants, galeries d’art, ateliers d’artisans et événements festifs participent à la vitalité de ces petites communes. L’enjeu, pour les élus comme pour les habitants, est de trouver un équilibre entre attractivité touristique, qualité de vie locale et préservation du patrimoine.

Les flux touristiques saisonniers à ramatuelle et aurel

À Ramatuelle, dans le golfe de Saint-Tropez, et à Aurel, aux portes du Ventoux, la fréquentation touristique est très saisonnière. En été, la population peut être multipliée par dix, entraînant une forte pression sur les parkings, les réseaux d’eau et les services de propreté. Pour y faire face, les communes mettent en place des plans de circulation, des navettes depuis des parkings relais et des chartes de bon comportement à destination des visiteurs.

Vous vous demandez quand partir pour profiter pleinement de ces villages perchés ? Les statistiques de fréquentation montrent que le printemps et l’arrière-saison (mai-juin et septembre-octobre) offrent le meilleur compromis : moins de foule, des températures agréables et une lumière idéale pour la photographie. En choisissant ces périodes, vous contribuez aussi à lisser les flux touristiques, soutenant les commerces locaux sur une période plus longue de l’année.

L’artisanat d’art et les ateliers d’artistes à Saint-Saturnin-lès-Apt

À Saint-Saturnin-lès-Apt, comme dans de nombreux villages du Luberon, l’artisanat d’art constitue un pilier de l’économie locale. Céramistes, santonniers, verriers, peintres ou sculpteurs investissent d’anciens ateliers, remises ou caves restaurées pour y installer leurs espaces de création. Ces ateliers, souvent ouverts au public, permettent une rencontre directe entre créateurs et visiteurs, loin de l’anonymat des grandes villes.

Pour vous, c’est l’occasion d’acheter des pièces uniques – faïences, objets décoratifs, aquarelles de paysages – qui prolongeront à la maison le souvenir de votre séjour. Pour le village, c’est la garantie d’une activité économique à forte valeur ajoutée, peu délocalisable et étroitement liée à l’image de marque du territoire. On comprend mieux, dès lors, pourquoi tant d’artistes choisissent de s’installer dans ces villages : ils y trouvent à la fois une source d’inspiration et un public curieux.

La gastronomie provençale dans les restaurants étoilés de Crillon-le-Brave

À Crillon-le-Brave, village agrippé aux pentes du Ventoux, la gastronomie constitue un autre vecteur majeur de rayonnement. Les tables gastronomiques et restaurants étoilés y valorisent les produits du terroir – huile d’olive, truffes, légumes de saison, vins AOC – dans un cadre panoramique exceptionnel. Cette alliance entre cuisine d’auteur et paysage de carte postale attire une clientèle internationale en quête d’expériences culinaires mémorables.

Au-delà des adresses prestigieuses, la plupart des villages perchés de Provence misent sur une restauration de qualité, privilégiant circuits courts et recettes traditionnelles revisitées. En tant que visiteur, vous devenez alors un maillon essentiel de cette économie locale : chaque repas partagé en terrasse, chaque nuit passée dans une chambre d’hôtes contribue à maintenir vivants ces lieux qui vous émerveillent. Ainsi se boucle la boucle : fascinés par la beauté des villages perchés, nous participons, par nos choix de voyage, à leur préservation et à leur vitalité.

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