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» ARTS DANS LES BOUCHES DU RHÔNE

Bien avant que Rome n'imprime sa marque à la "Provincia", le terroir avait connu une vie artistique dont on peut trouver les premières traces dès l'époque préhistorique. Les fouilles archéologiques ont permis de découvrir, pour les siècles suivants, des villages, des sanctuaires, des nécropoles pré-romaines qui sont parmi les plus curieux du Midi, ainsi à Mouriès, à Roquepertuse (temple),à Entremont (cité près de la Vallée de l'Arc), à Saint-Blaise (agglomération marchande, remparts).
Apports étrusques et influence grecque s'y mêlent.
Les innombrables céramiques conservées, les vestiges de Marseille (le théâtre, le port) et les monnaies massaliètes inspirées des modèles helléniques témoignent de la vitalité économique de la région durant cette période, et de son originalité. Les traces laissées par la conquête romaine sont toutefois plus nombreuses et plus imposantes. Les plus anciens monuments gallo-romains ne datent guère que de la seconde moitié du Ier siècle ; c'est avec Auguste que l'architecture se développe avec grandeur : à Glanum (mausolée de Jules, arc de triomphe, thermes),à Arles (arènes, théâtre, murs), à Saint-Chamas même (pont Flavien).

Pont Flavien à Saint-Chamas

Le christianisme, en s'installant en Provence, apporte un renouvellement des thèmes et des formes annonçant l'art roman.
Le musée d'Arles, le musée Borély à Marseille en gardent les plus belles pièces : autel de Saint-Victor à Marseille, pierres tombales comme celle de Geoffroy de Provence enterré à Montmajour en 1062, sarcophages.
C'est entre 1125 et 1225 toutefois que la renaissance romane trouve son véritable essor avec Arles pour capitale : Saint-Trophime, Sainte-Croix de Montmajour, la Major à Marseille, Saint-Paul-de-Mausole et la petite église Saint-Gabriel près de Tarascon, témoignent de la sobriété de cet art provençal encore marqué par le modèle antique où la décoration sculptée s'épanouit surtout sur les clochers, sur les portails, aux chapiteaux des cloîtres.
L'art gothique en revanche a du mal à s'implanter ; il faut attendre la seconde moitié du XIIIème siècle pour trouver un édifice entièrement gothique, l'église Saint-Jean-de-

Malte à Aix. Saint-Laurent de Salon, avec son clocher au beffroi octogonal de la fin du XIVème siècle, retient toutefois l'attention (Nostradamus y est par ailleurs enterré) ainsi que le chœur d'Arles avec son déambulatoire gothique, le seul de Provence (1454-1465).

Fort Saint-Jean à Marseille

L'architecture civile et militaire se développe au contraire avec puissance, surtout dans la région rhodanienne : tours aux Baux, Châteaurenard, Tarascon, Salon, Barbentane, mais aussi fort Saint-Jean à Marseille ou fortifications de Saint-Victor.

Abbaye de Saint-Victor à Marseille

Arles est peu à peu détrônée au profit d'Aix et surtout d'Avignon (Vaucluse).
La Renaissance permet à la Provence de renouer avec l'antiquité au moment même de son rattachement à la France.
Les œuvres du sculpteur italien Francesco Laurana l'illustrent à merveille : ainsi le retable de Saint-Lazare à la Major de Marseille, le gisant de Tarascon. De même l'architecture reste marquée par cette influence comme la Maison diamantée et le château d'If à Marseille et surtout la ville des Baux, ensemble remarquable de la fin du XVIème siècle (maison des Porcellet, pavillon de la reine Jeanne).
Mais, malgré les efforts du roi René lui-même, la Renaissance marque peu la Provence. La poésie retiendra certes le nom de Bellaud de la Bellaudière ; l'humanisme, celui remarquable, de Peiresc, mais il faut attendre la période classique pour voir se développer véritablement l'art en Provence : Aix en est un exemple frappant avec Sainte-Madeleine ou Saint-Jean-Baptiste, mais aussi Marseille avec la Charité de Pierre Puget et son dôme ovoïde (1679-1707) ou l'église des Chartreux (1680-1702). Vauban, le chevalier de Clerville, marquent aussi de leur influence l'architecture militaire (forts Saint-Jean et Saint-Nicolas à Marseille), tandis que l'architecture civile réalise de beaux exemples avec l'Hôtel-de-Ville de Marseille ou celui d'Aix, la halle aux grains

d'Aix ou l'ancien Palais de Justice de Marseille, sans parler des hôtels particuliers ou maisons des champs à Aix qui offrent d'agréables buts de promenades (cours Mirabeau, Rotonde, pavillon Vendôme).
Le nom de Pierre Puget à Marseille (1620-1694), celui de Jean-Claude Rambot à Aix illustrent la sculpture provençale au XVIIème siècle.
Au XVIIIème siècle, il faut retenir, entre autres, celui d'Antoine Duparc et celui de Chastel.
En peinture la dynastie des Parrocel, celle des Vanloo, celle des Vernet, Françoise Duparc elle-même, font hommage à la Provence classique, tandis que se développe l'art de la faïence à Marseille (Clérissy, Fauchier, Leroy, Perrin). La Révolution arrête brusquement cette production qui repart au XIXème siècle avec cette fois une influence marquée de l'art romano-byzantin (cathédrale de Marseille, Notre-Dame-de-la-Garde) un retour au gothique (Les Réformés) ou la création d'un art composite Napoléon III (Palais Longchamp à Marseille).
L'architecture se fait alors monumentale et utilitaire (jetée de Marseille, aqueduc de Roquefavour), en attendant usines, autoroutes et docks, sans pour autant laisser de très grands noms (sauf au XXème siècle Le Corbusier à Marseille).

La peinture au contraire compte dans ses rangs Constantin, Granet, puis à la génération suivante Loubon, Engalière, Guigou, mais surtout Daumier, Monticelli, Ricard à Marseille et Cézanne à Aix.
Tous célèbrent les paysages méridionaux et la lumière que le hollandais Van Gogh saura si bien évoquer et qui, de Mistral à Giono,

Marcel Pagnol

Pagnol ou André Suarès, en passant par Victor Gelu et même Edmond Rostand, jaillit avec tant de force dans la littérature provençale.



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